A quoi ressemblerait un monde sans éléphants?

Mar 6, 2019 | Commentary

Par Dr. Keith Lindsay

Etant donné la cadence infernale à laquelle les éléphants disparaissent, la question est hélas légitime : à quoi ressemblerait le monde sans ces magnifiques créatures ? S’ils étaient entre 3 et 5 millions au 19ème siècle, ils ne seraient plus qu’environ 400 000 aujourd’hui…Et selon les scientifiques, si rien n’est fait pour protéger l’espèce du braconnage, ce cauchemar pourrait devenir réalité en moins de 20 ans. Au grand dam des multiples espèces végétales et animales qui dépendent d’eux pour survivre.

« Ingénieurs de l’environnement »

Les éléphants sont indispensables à leur environnement : ils le dessinent, le construisent et le régénèrent. Ce n’est pas pour rien qu’on les surnomme les « ingénieurs », « architectes » ou « jardiniers » de la nature » ! Plusieurs exemples en attestent. Tout d’abord, le fait que les éléphants se nourrissent d’espèces végétales restaure la structure des communautés de plantes, ce qui, en retour, influence l’approvisionnement en nourriture d’une multitude d’animaux. Mammifères, insectes…Sans les éléphants, la gestion des écosystèmes ne serait pas la même.

Même les comportements en apparence destructeurs des éléphants ont leur utilité : le fait qu’ils s’attaquent aux arbres –allant parfois jusqu’à les déraciner !- et à leurs branches par exemple. En faisant cela, ils créent en effet des micro-habitats pour les jeunes pousses ou les petits animaux tels que les mangoustes ou les papillons. Rien ne se perd : les branches cassées par les éléphants, une fois au sol, permettent de nourrir les petits herbivores qui à l’instar des impalas, seraient incapables de les atteindre autrement. Ainsi, en s’alimentant, les éléphants permettent d’entretenir la structure des savanes. Ils équilibrent le ratio herbes/arbres, pour le plus grand bénéfice des brouteurs –les buffles par exemple – et créent de véritables microclimats riches en nutriments au pied des arbres, qui permettent le renouvellement de ces derniers.

Utiles du bout de la trompe jusqu’à la queue !

Même lorsqu’ils défèquent, les éléphants sont utiles. Certaines créatures, les scarabées bousiers, les francolins et les cailles notamment, ne vivent pratiquement que de leurs excréments. Ainsi tout retourne à la faveur de la nature : avec leur matière fécale, les éléphants dispersent en de multiples endroits les graines des végétaux et des fruits qu’ils ont ingurgitées, graines qui sont elles-mêmes transportées par toutes les autres espèces intéressées par le recyclage des déchets éléphantesques et qui permettront à de nouveaux arbres de pousser. Cela vaut notamment pour la dispersion des graines les plus imposantes de certains fruits et d’arbres que l’on trouve dans les zones forestières d’Afrique centrale et de l’Ouest. Sans le « coup de trompe » des éléphants, elles n’auraient aucun autre moyen pour se répandre, ce qui signifie que sans éléphants, ces arbres et fruits disparaitraient !

Le cycle vertueux ne s’arrête pas là : certains oiseaux, le calao terrestre et la chevêchette perlée par exemple, dépendent entièrement des éléphants car ils ne nichent que dans les creux des vieux arbres renversés par les éléphants. Véritables bulldozers de la nature, les mastodontes ouvrent des chemins dans les broussailles dont tout le monde peut profiter, des antilopes aux prédateurs, jusqu’aux humains qui se promènent dans la brousse ! Autre atout : dans les savanes, l’impact des éléphants sur la végétation est en général localisé à proximité des points d’eau, où il est généralement multiplié. Cela établi une saine hétérogénéité au sein de l’écosystème, car la croissance et la diversité de la faune et de la flore dépendent de leur éloignement par rapport aux points d’eau…et donc de la présence ou non d’éléphants.

Parlant de points d’eau, l’une des plus grandes vertus de l’éléphant vis-à-vis de son environnement est sa capacité à en créer dans la savane. En effet leurs trompes et défenses leurs permettent de creuser de véritables lits de rivière, qui permettent de canaliser et de retenir l’eau. Pendant la saison sèche, le forage du sol qu’ils effectuent pour chercher de l’eau et des minéraux profite à toutes les espèces : ils créent de véritables clairières et remontent le sel de la terre dont de multiples espèces ont besoin.

Plus de biodiversité sans éléphants ? Humains en danger !

Des petites bêtes aux plus grosses, la biodiversité toute entière est enrichie par la présence des éléphants. Sans eux, les écosystèmes s’appauvriraient ou disparaitraient. Pour la plupart des citadins, la nature est quelque chose que l’on contemple via un poste de télévision mais qui ne nous concerne pas vraiment. On la regarde, puis on passe vite à autre chose. Nous ne réalisons pas que tout ce qui nous entoure dépend d’elle ; à commencer par l’oxygène que nous respirons, l’eau que nous buvons ou encore le stockage du carbone. Nous oublions d’où vient ce dont nous avons besoin pour vivre. Et nous oublions aussi que l’extinction des espèces pourrait aussi un jour nous concerner, car sans les ressources naturelles, nous ne pourrons survivre. Car depuis l’apparition de la vie sur Terre il y a 3,5 milliards d’années, la biodiversité, ce système global complexe, fait d’interactions, de flux d’énergies et de nutriments, à la fois produit et force créatrice ; est devenue l’élément le plus essentiel de notre planète. De fait, parce qu’ils entretiennent et permettent cette diversité à travers leur impact sur les forêts et les savanes, les éléphants, ces grands façonneurs gris de la nature, sont indispensables. Leur extinction sonneraient le glas de multiples espèces, et peut-être même, à terme, la notre…

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